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Lettre ouverte à l’APE

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Récemment un de nos membres a donné sa démission en convoquant comme motivation le fait que l’APE serait devenue trop jungienne et que Jung n’est pas scientifique, que la spiritualité est un fantasme névrotique auquel sa formation lui empêche de croire… Au-delà des réelles motivations de cette décision certainement respectable mais qui pourraient se trouver ailleurs, ce fait m’a donné à réfléchir. Je me suis évidemment interrogé : l’APE aurait-elle perdu son esprit d’ouverture ? Il n’en a rien. Notre Association est et reste ouverte à toutes les orientations qui se définissent psychanalytiques ainsi qu’à la confrontation avec les autres disciplines, ce qui à mon sens représente déjà une garantie contre les fantasmes de fermeture. Parmi ses membres il se peut que les jungiens soient devenus les plus nombreux, mais il y en a d’autres qui se réclament d’orientations différentes. Et puis il y en a qui, c’est mon cas, essayent d’adopter une approche réunissant plusieurs orientations . Mais la question n’est pas là. Ce qui est intéressant de noter est cette persistance, dans certains milieux intellectuels, du préjugé sur la non-scientificité de l’œuvre jungienne. En réalité, comme j’ai tenté de le démontrer dans mon Parola e Psiche (Armando, Rome 1999) Jung est par rapport à Freud un complément, un élargissement de pensée qui sert à mieux appréhender toute la complexité de la psyché humaine. La formulation de l’inconscient collectif et des archétypes qui le constituent s’étayent sur la loi biologique de Haeckel et est impeccable d’un point de vue épistémologique. Cette loi affirmant en gros que l’ontogénèse récapitule sommairement la phylogénèse est de nos jour pleinement accréditée par la communauté scientifique. Mais ce qui est encore plus important de préciser est que la psychanalyse en tant que science humaine ne doit pas se plier à tous les critères des sciences dures. N’oublions pas que son objet d’étude est la subjectivité et que celle-ci ne saurait être correctement abordée par des méthodes objectivantes. La psyché ne se réduit pas au cerveau, tout comme le désir ne se réduit pas à l’instinct. Par contre, et c’est le point qui m’a poussé à écrire cette lettre, si en tant qu’approche à la connaissance de la psyché la psychanalyse entend rester scientifique en cohérence avec son objet d’investigation, elle doit être consciente de sa parenté avec l’herméneutique. Elle ne peut forcer l’interprétation proposée à l’analysant, sous peine de se retrouver dans une situation critique par rapport au critère de falsifiabilité énoncé par Popper. Force est de constater que maints phénomènes psychiques, comme par exemple certains rêves et fantasmes, ne se laissent pas réduire sans forçage à la sphère de la sexualité, même refoulée. Les analysants ne s’y reconnaissent pas et si on leur dit qu’ils ont des « résistances », non seulement le plus souvent cela ne mène à rien, mais on franchit par la même occasion la limite de la scientificité en rendant l’interprétation non falsifiable. La science n’a nul besoin de forcer l’interprétation ni de convaincre. C’est pourquoi Galilée, contrairement à Giordano Bruno, a pu accepter d’abjurer plutôt que de risquer le bûcher. Il a pu le faire sans trop de pathos car il savait bien que l’affirmation de sa conception héliocentrique du monde, preuves scientifiques à l’appui, n’était qu’une question de temps.

Revenant à l’approche psychanalytique, ces preuves de la vérité ne peuvent que revenir à l’analysant. Lui seul sait au fond si une interprétation l’interpelle. Il s’agit pour l’analyste de créer les meilleurs conditions pour que cette prise de conscience puisse avoir lieu. Il est donc fondamental que le dernier mot revienne toujours à la personne sur le divan, si ce même divan veut avoir un avenir. Car il faut dire que chez Freud « approfondir » l’analyse signifie forcément entrer dans le domaine de la première enfance et de la sexualité refoulée même si, bien sur, le refoulement originaire empêche de parcourir ce domaine jusqu’au bout… Ce que Freud a découvert et formulé reste vrai, c’est l’absolutisme de sa conception qui ne l’est pas. La même chose pourrait être affirmée pour Jung comme pour tout autre.

Antoine Fratini

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